SARAH RIGAL

 

 

Bonjour tout le monde,

Je m'appelle Sarah et je suis serveuse dans un troquet rémois. Il a fallut qu'un jour Paul mette les pieds dans le bistrot où je travaille. Un ardennais à Reims, vous imaginez, pas vraiment le parti rêvé pour ma famille, mais bon quand le cœur parle on n'y peut pas grand chose ! Et puis la guerre est arrivée et il a fallut fermer le bistrot, alors pour gagner ma vie je continue à travailler en tant que serveuse mais sur les routes de l'exode. Je n'ai que ça et ça apporte un peu de réconfort à ceux que je rencontre sur ma route. Qui sait, peut-être que je croiserai le régiment de Paul un de ces quatre matins, il doit être dans le coin d'après ses lettres...


BAUDOUIN D'AUTRY DE LANDREVILLE

(Sous-lieutenant)


La France, monsieur !
Voilà bien une chose qui mérite que l’on verse son sang pour elle! Et à ce sujet, les d’Autry de Landreville n’ont pas à rougir ! Mes ancêtres ont toujours su accomplir leur devoir. Un ancêtre tombé en Russie avec la Grande Armée, un grand-père blessé à Sébastopol et à Metz. Quant à mon père, il est tombé au champ d’honneur dans l’Argonne en 1918.

Je n’ai guère de souvenirs de lui, j’étais trop jeune. Ma mère ne s’en est jamais vraiment remise, elle m’en veut, je pense, d’avoir devancé l'appel, mais tudieu, j’ai un héritage à honorer !

Alors oui, je n’ai pas fait carrière, mais je remplis mes devoirs. Il faut dire que j’ai des terres et une usine à Grandpré à faire tourner. Vous savez comment sont les ouvriers si on les laisse sans surveillance !
Remarquez, j’en ai quelques-uns dans ma section. Pas de mauvais bougres dans l’ensemble, des soldats obéissants et patriotes. Je ne dis pas qu’ils ne préféreraient pas être près de leur petite femme, mais ils ont le cœur bien accroché et je n’ai trop à me plaindre de leur comportement. Avec des gars pareils, la troisième section va montrer aux casques à pointe que les poilus sont encore vigoureux au 91e d’Infanterie.

On va leur en faire voir, aux envahisseurs germains. Il ne sera pas dit que Baudouin d'Autry de Landreville n'aura pas payé de sa personne pour la Patrie!


ANDRE DUPERON

(2e classe)

 

Bonjour monsieur.
Je m'appelle André Duperon, je suis garagiste en pays de Médoc. Oui c'est ça monsieur, où on fait du bon vin. Vous savez, j'étais heureux avant que les casques à pointes reviennent nous chercher des noises, mon petit garage, ma p'tite femme, mon chien, ça me manque à moi tout ça monsieur. Maintenant je me fais du soucis, sans moi, ben l'affaire elle tourne pas.
Heureusement, il y a les copains du 91 : Tit Capo, Crapouillot, L'incongru.
J'peux vous dire qu'on s'ennuie pas avec eux ! Le Lieut' est sympa aussi, sévère mais sympa.
J'aurais pu tomber plus mal. J'espère que la guerre sera finie à temps pour que je passe Noël en famille.


PAUL REMY DUPONT

(Caporal)

 

Moi c’est Paul-Rémy Dupont, enfin tout le monde m’appelle Paul.
Dupont, vous trouvez que ça fait bien français, et pourtant, il parait que j’ai des origines, lointaines, allemandes ! En même temps avec un grand père alsacien, pas étonnant qu’il y ait du mélange ! Du coup je sais ce que ça veut dire l’Alsace Française ! Enfin je ne leur en veux pas aux Allemands, ça doit être de pauvres bougres comme nous, comme en 14. Figurez-vous que mon grand-oncle a combattu au sein de la Ersatzreserve, en 17, dans les Ardennes à 50km de là où je suis né !

Enfin, ce n’est pas pour autant que je ne fais pas mon devoir, si on touche à la paix qui s’est gagnée avec tant de morts, je répondrais coup pour coup. Je suis actuellement caporal, matricule 8474 dans la section du sous-lieutenant d’Autry de Landreville, dans la 1e Cie du 91e RI. Dans mon groupe de combat j’ai retrouvé Jean, qu’on surnomme Crap’, on a fait notre service ensemble ! Même si ça me fait plaisir de le revoir j’espère que cette fois ça sera comme en 38 : un coup pour rien et qu’on rentrera vite fait chez nous !

Bah oui parce que j’ai une ferme à faire tourner et puis j’aimerais bien lui demander sa main … Elle, c’est Sarah, on s’est rencontré à Reims, j’allais au comice, pour des bêtes. Le midi, pour casser la croûte, je m’installe dans un troquet, elle était au service (je crois qu’un jour ça sera le sien) et c’est là qu’on s’est rencontré … Depuis on s’écrit, on rêve d’aller voir la mer, mais les nazis ont fait des leurs et du coup ça attendra …

Allez, j’y vais, on sonne la soupe, s’agit pas d’arriver en retard !


JEAN FALLAY
(1e classe)

 

De quoi m'sieur ? Mon nom ?

Jean Fallay m'sieur, j'viens de Mézières mais je ne suis pas né ici. En 1914 quand les allemands approchaient trop près de la ville ma famille a fui le plus loin possible. Ils ont atterri dans un bled de Haute-Marne, à Chaumont, et après une perm' de mon père paf ! Me v'là ! Mais je n’l’ai jamais connu mon père, il a disparu à Verdun après un assaut, on l'a jamais retrouvé.

Après la guerre, on est rentré dans les Ardennes et à 16 piges j'ai dû partir à l'usine parce que ma mère y arrivait plus toute seule. Je suis tourneur-fraiseur dans une usine de pièces automobiles, c'n’est pas terrible mais ça gagne bien.

Et pis avec les événements, me v'là de retour au régiment. Je pense à ma mère et à ma femme ... Quoi? Ouais je suis marié depuis peu, elle est belle en plus ! Hmmm ....

Mais bon j'ai les potos ici, entre le Paulot et "L'incongru", on rigole bien. On chante pour passer le temps, parce que le temps il est long ici m'sieur, le temps il est long ...


HUGUES LAURENCEAU

(2e classe)

 

Eh grand! Ouais toi. Tu sais toi où que c'est le quai 4?
En v'là une bon dieu de chienlit! Tous ces gars de partout... D'où qu'tu viens toi? Melun? Foutre au cul, jamais entendu parler...
Moi je suis d'Esternay, enfin de pas loin d'Esternay quoi... Je travaille à la ferme avec le père. Les champs, les moissons, les vaches, tout ça... Le mieux par chez moi c'est les bals. Toute l'année on attends ça, surtout après les moissons. Ma mère me racontait que dans son enfance c'était la même chose quand les hommes rentraient de la saison de pêche. C'est qu'elle est de Bretagne, tu vois.
Toute sa famille a fuit la misère avant la Grand'Guerre pour venir dans la Marne s'jeter dans une chienlit pire encore. Mais comme elle dit, une fois tombé à l'eau, il te reste plus qu'à nager.

T'as pas à boire à tout hasard? J'ai la dalle sèche avec toute cette fumée de charbon. Au fait moi c'est Hugues. Hugues Laurenceau. Merci mon gars. A la bonne tienne grand!
Tu sais où qu'tu vas toi? On nous a rien dit à Sézanne, à part viens ici, range toi là, vas là-bas, attends... Culbieu! Attendre! On fait que ça d'attendre!

Aaah chierie de chierie! J'ai failli m'empierger avec toutes ces affaires qui traînent! Quoi!? Bah oui j'ai marché dessus p'tit gars! Tu préfères que je te marche sur la glotte? J'vais t'faire sauter toutes tes jolies rattiches le joli bourgeois! Ouais t'as raison! Fuis tant que tu peux marcher !
Tu vois l'grand... Toujours la même chose avec ces citadins. Tous plus cons les uns que les autres! Ces gros messieurs se font des histoires de politique et c'est nous qu'ont envoie sur la tranchée régler tout ça... Et les moissons? Qui qui va aider l'père à les rentrer mes moissons? Tu peux m'dire toi? Ça ils y...

"Dernier appel pour Mézières! Attention! Quai numéro 4! Dernier appel pour Mézières! Départ quai 4! Tous les hommes à bord!"

Et merde... C'est le mien! Faut que je te laisse grand. Bonne chance. Et te fais pas avoir par les boches! Gare à tes oreilles quand les pruneaux siffleront si tu veux mon avis... Allez, salut l'grand!